Nombreux sont les parents, les éducateurs et les intervenants qui se questionnent sur la réaction des enfants lors d’une séparation. Comment annoncer la nouvelle aux enfants? Quelle attitude adopter? Quelle est leur perception de la situation? Comprennent-ils vraiment ce qui se passe?

Voici d’abord quelques faits :

  • 1 jeune sur 2 vit la séparation de ses parents… Il ne faut pas pour autant la banaliser!
  • Les enfants vont vivre de nombreux changements à travers la séparation de leurs parents (déménagement, adaptation à deux milieux de vie différents, adaptation aux nouveaux conjoints, etc.).
  • Ils peuvent vivre des conflits de loyauté (est-ce que j’ai le droit d’aimer le nouveau conjoint de ma mère?).
  • Ils peuvent ressentir de l’anxiété devant l’instabilité de leur nouvelle vie (horaire de garde changeant, changement de résidence, routine différente, règles différentes, etc.).
  • Ils peuvent également entretenir le désir que leurs parents redeviennent un couple un jour (il faut donc en tenir compte et être clair quant à l’impossibilité de réconciliation).
  • Les enfants doivent s’adapter à leur nouvelle vie… tout comme les parents. Ils vont vivre des gains (retour à l’harmonie, etc.) et des pertes (fin de la famille telle qu’ils l’ont connue, etc.). Il s’agit d’une épreuve et d’un grand changement qui demande un temps d’adaptation. Cette période peut durer jusqu’à deux ans.

Comme adulte, il est important d’être à l’écoute des enfants qui vivent la séparation de leurs parents. Toutefois, on ne peut pas prévoir la réaction qu’aura l’enfant. L’attitude à adopter est donc celle-ci: écouter, observer et ne pas trop parler… Je vous invite à faire parler l’enfant sur la manière dont il se sent et à être ouvert à ce qu’il dit. Il se peut que l’enfant soit plus à l’aise de se confier à un adulte de confiance qui n’est pas son parent, car il ne voudra pas blesser sa mère ou son père en lui parlant de sa peine.

Quelques mythes à défaire :

  • Les enfants s’adaptent à tout… il en sera de même avec la séparation. Non, il faut être conscient que leur vie va changer et qu’ils vont vivre un grand stress. Soyons attentifs!
  • On protège les enfants en leur cachant la séparation le plus longtemps possible… Non, il faut leur annoncer la nouvelle assez rapidement et de manière officielle (la famille réunie: parents et enfants). Il faudra être prêt à répondre à leurs questions concernant la réorganisation familiale. Comme parent, il est bien de se rappeler que les enfants doivent être les premiers informés des changements qui vont survenir dans leur vie.
  • On aide les enfants en leur montrant le beau côté de la situation et en embellissant la réalité (Wow! Tu auras deux maisons! Deux fois plus de cadeaux à Noël!). Non, ce n’est pas le portrait entier de la situation et de leur nouvelle réalité. Ils vivront aussi des pertes. Il ne faut pas minimiser la situation.

Comment annoncer la nouvelle de la séparation aux enfants?

  • Leur dire la vérité de la manière la plus simple et en utilisant des mots qu’ils comprennent. Par exemple : « maman et papa ne s’aiment plus et vont vivre séparément à l’avenir ». Garder pour soi la colère, la rancune et les raisons «  d’adultes » qui ont mené à la séparation est une bonne attitude à adopter.
  • Les rassurer sur le fait qu’ils n’y sont pour rien dans la décision de se séparer. Ce n’est pas leur faute.
  • Les rassurer en leur disant que l’amour entre les parents peut se briser, mais pas l’amour entre les parents et les enfants. Ils doivent sentir qu’ils seront encore aimés.

Les réactions des enfants face à la séparation :

  • Toutes les réactions sont normales!
  • Elles seront imprévisibles. Elles peuvent survenir à tout moment et même plusieurs années après la séparation.
  • On s’inquiète quand… le fonctionnement de l’enfant est altéré (appétit, sommeil, état de santé, fonctionnement à l’école, discours très négatif, état général dépressif, etc.). Alors, il ne faut pas hésiter à consulter un professionnel.
  • Selon l’âge de l’enfant et son stade de développement, sa compréhension de la situation variera et sa réaction également.

Par exemple, un bébé ne comprend pas les mots, mais ressent les changements et l’émotion de ses parents.

L’enfant d’âge préscolaire ne comprendra pas bien le concept «pour toujours » qui vient avec le terme séparation. Il peut donc moins réagir, car il aura l’impression que ses parents vont revenir vivre ensemble.

Les enfants d’âge scolaire vont poser beaucoup de questions et demander beaucoup de détails. Ils tenteront de se constituer une histoire.

À la préadolescence, les enfants ne veulent surtout pas avoir l’air d’un bébé. Il se peut donc qu’ils se cachent pour pleurer et être très confus.

À l’adolescence, les jeunes peuvent réagir de manière théâtrale et avec excès.

  • Au fil des années, l’enfant qui a vécu la séparation de ses parents verra sa perception de la situation évoluer. Il est donc possible qu’il revive de la peine ou de la colère à différents moments. Garder la communication ouverte au sujet de la séparation à travers le temps est la clé.

Enfin, je dirais qu’impliquer les enfants à travers les étapes de la réorganisation familiale les aidera à sentir qu’ils gardent un certain contrôle sur leur vie, et mobilisera leur capacité d’adaptation. Faites-leur confiance!

 

Mélodie Brochu, c.o. et médiatrice familiale accréditée

Source : Conférence animée par Mme Josée Masson (travailleuse sociale et présidente-directrice générale de Deuil-Jeunesse) ayant pour titre « La séparation parentale vécue par les jeunes (0-18 ans) », lors du Colloque annuel de l’Association de médiation familiale du Québec, tenu le 19 octobre 2017 à Montréal.